Candidat au burn out ?

17/03/2014
Candidat au burn out ?

Quand le corps dit stop !

Pour bien réussir son burn out : prenez une bonne louche de conscience professionnelle, ajoutez un peu de pression et saupoudrez d’une surcharge de travail. Fouettez énergiquement jusqu’à ce que le stress monte. Recouvrez le tout avec une incapacité chronique à déconnecter du bureau, et faites chauffer à feu doux. Laissez mijoter plusieurs semaines. C’est prêt !

Recette quasi-inratable si l’on en croit l’étude menée par Technologia1 : près de 3,2 millions d'actifs français (plus de 12% de la population active) seraient "en risque élevé de burn out".

Le burn out, littéralement « s’éteindre » ou « se consumer », aussi appelé épuisement professionnel, est un processus lent et progressif. Une évolution si insidieuse, qu’il est très facile de se laisser prendre au piège.

Instinct de survie n°1 : comprendre les étapes symptomatiques

Prenons le cas de Julie. Julie vient d’intégrer sa nouvelle boîte. Elle est pleine d’enthousiasme évidemment, qui ne le serait pas en décrochant son premier job. Elle est impliquée, consciencieuse et souhaite livrer le meilleur d’elle-même pour être considérée comme une bonne collaboratrice. Julie gère bien la pression. Même si elle prend peu de temps pour elle, la satisfaction du travail bien fait lui suffit.

Au fil des semaines, Julie se démène pour assumer ses responsabilités. Pas le temps pour le repos, le travail doit être fait ! Quitte à boucler certains dossiers le weekend. Le sommeil se fait rare, la fatigue s’installe, et Julie préfère décliner les invitations de ses amis pour pouvoir récupérer de ces journées.

Pour tenter de garder le contrôle, Julie s’acharne à en faire toujours plus. Elle est stressée, et même irritée. Elle fait abstraction des douleurs physiques qui s’installent et de son état de fatigue constant. Ses relations professionnelles et personnelles se dégradent. On la juge même désagréable. 

Julie est centrée sur elle-même et se dévalorise continuellement. La moindre activité devient un effort insurmontable. Pour Julie, abandonner serait synonyme d’échec, alors elle persévère malgré les crises d’angoisse de plus en plus fréquentes.

Julie se traîne au bureau. Elle se sent rejetée, incompétente. Tout l’ennuie, rien n’a de sens. Julie sent que son corps refuse d’avancer. La fatigue mentale l’épuise. Le vide émotionnel l’oppresse. Julie ne peut plus faire face à son quotidien. Burn out !

Crise de démence, amnésie passagère, arrêt cardiaque…  les conséquences  du burn out varient selon les individus. De façon générale, les avis médicaux évoquent le stress ressentit sur le lieu de travail qui peut conduire graduellement à un épuisement physique, intellectuel et émotionnel accompagné d’une déshumanisation.

Il est donc vital de comprendre les étapes qui jalonnent le parcours vers le burn out afin d’en déjouer les mécanismes.

Instinct de survie n°2 : se prémunir en repérant les signaux d’alarme

Avant la rupture totale, Julie ou son entourage aurait pu détecter certains signes avant-coureurs.

  • Premier signe d’alarme : le stress chronique.

Autrement dit, l’exposition prolongée et répétée à des situations professionnelles que l’on ne maitrise pas. Ce stress peut se traduire par des troubles du sommeil, des douleurs musculaires ou digestives, ou encore des palpitations cardiaques.  

Conseil : prendre le temps de se reposer ! La solution paraît évidente et pourtant les candidats au burn out ont du mal à s’y soustraire. Parmi les gestes salvateurs à adopter, vous pouvez vous exercer à la méditation, diminuer votre quantité journalière de café ou faire des efforts physiques (bienfaits anxiolytiques et antidépresseurs garantis !). Mais par-dessus tout, acceptez les contrariétés, prenez du recul et fixez-vous des limites pour préserver votre bulle de bien-être. Vous ne pouvez pas tout maitriser. Et bonne nouvelle, c’est normal !

  • Deuxième signe d’alarme : le déni.

Une fois accoutumés au stress permanent, vient la phase de résistance. Nous faisons consciemment abstraction des troubles physiques, émotionnels ou mentaux que nous subissons jusqu’à ne plus les percevoir. 

Conseil : compter sur son entourage. Famille et amis doivent prendre les devants pour stopper le processus d’épuisement professionnel. Mais comment communiquer avec quelqu’un qui a, pour ainsi dire, la tête dans le guidon ? Instaurez le dialogue en utilisant des mots précis pour décrire l’état de santé de votre proche, exprimez vos inquiétudes, gardez un ton calme et non-infantilisant sans tomber dans la psychanalyse.   

  • Troisième signe d’alarme : des symptômes  physiques violents.

Comme un boomerang, les douleurs physiques et symptômes dus au stress chronique réapparaissent, mais cette fois version agressive, voire irréversible.

Conseil : consulter un médecin. Si malgré votre volonté à vous ménager des temps de repos rien ne s’améliore, la meilleure option est de s’adresser à un professionnel médical afin de bénéficier de soins adaptés.

Une fois ces trois phases passées, il est souvent trop tard pour réagir. L’épuisement professionnel est atteint. Mais nous n’allons pas abandonner Julie tout de même !

Instinct de survie n°3 : reconquérir sa vie

Julie paraît mal engagée, certes. Néanmoins, il existe des solutions pour qu’elle retrouve son équilibre. L’arrêt de travail est évidemment une condition sine qua non. De quelques mois à plusieurs années selon la gravité des dommages engendrés par le traumatisme, la convalescence peut être longue et s’accompagne souvent d’un travail psychothérapeutique.

Après un burn out, l’individu est en phase de reconstruction identitaire. L’entourage que Julie a négligé faute de temps et de fatigue, est désormais primordial pour l’aider à restaurer sa vie sociale, familiale et sentimentale. L’objectif pour Julie est de réaliser qu’il existe autre chose que le travail dans sa vie. Pas si simple….

Autre aspect important, la reconnexion physique. Julie va devoir réapprendre à écouter son corps et à faire « respirer » son organisme. Sport, massages, cures de sommeil… A chacun sa méthode. 

Une fois le corps et l’esprit apaisés, vient le temps de se projeter de nouveau dans un environnement professionnel. L’envie de renouer avec le travail peut se manifester naturellement. Dans d’autres cas, les sujets auront besoin de l’appui d’un médecin. Prudence tout de même. Les personnes ayant vécues un burn out devront faire preuve de vigilance pour ne pas retomber dans les mêmes travers.

Faute de statistiques sur le sujet, il est difficile de quantifier avec exactitude l’ampleur des cas de burn out à l’échelle nationale. Sans doute une des raisons pour lesquelles l’épuisement professionnel n’est, à ce jour, pas reconnu comme une maladie professionnelle à part entière. Le cabinet Technologia milite d’ailleurs pour changer cet état de fait qui pourrait, par lien de causalité, amener les employeurs à investir dans la prévention de la maladie plutôt que d'indemniser les salariés.

1 Cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels agréée par l’Etat.